Kalanchoe
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W. Rauh : Quelques espèces intéressantes de Kalanchoe Adans. de Madagascar.

Les Kalanchoe grimpants

 

Pr. W. RAUH, Institut de Botanique Systématique, Heidelberg

 

Parution in Succulentes 1995, n°1 (pp 11 - 18)

 

Madagascar, est très riche en espèces de Kalanchoe de différentes formes de croissance (taille): il y a des petites plantes vivaces de quelques cm de hauteur; il y a des petits arbres d'une hauteur de quelques mètres et il y a aussi des espèces grimpantes. Ces dernières sont rares en culture, parce qu'elles ont besoin de beaucoup d'espace; elles ont été placées par P. Boiteau et O. Mannoni (1949) dans le groupe des Scandens, qui sont endémiques du sud, sud-ouest et dans le centre de Madagascar.

Il y a peu d'espèces, seulement K. beauverdii, K. poincarei, K. schizophylla et une nouvelle espèce, K. rechingeri. Toutes ces espèces sont des plantes pérennes, à longues tiges, qui ne sont pas volubiles, mais qui s'appuient sur les plantes environnantes à l'aide de leurs feuilles; qui ont la fonction de vrilles.

 

L'espèce la plus intéressante est :

 

1 - Kalanchoe schizophylla (Baker) H. Baillon

(= Kitchingia schizophylla Baker, Bryophyllum schizophyllum Berger).

 

C'est une plante vivace, grimpante et totalement glabre, les tiges peuvent atteindre une longueur de 3 m et plus. Les feuilles sont opposées-décussées, pétiolées de 3 à 5 cm de longueur et glabres comme toute la plante; elles ont un limbe irrégulièrement pennatiséqué de 13 à 15 cm de long avec des segments linéaire ou sublinéaire, canaliculés à la face supérieure. Les limbes et les pennes sont souvent réfléchis (Photo. 1), et à l'aide des pennes, la plante peut grimper dans les arbustes environnants. Les inflorescences sont de grandes panicules terminales de cymes bipares avec des fleurs violettes et pendantes.

 

K. schizophylla est, d'après Boiteau et Mannoni (1949), toxique, un phénomène très rare chez les Crassulacées. K. schizophylla, qui est rare dans les cultures, est distribué sur des rochers et dans des broussailles ombragées, protégées des feux, dans tout le centre de Madagascar sur les pentes orientales et occidentales à une altitude de 1000 à 1500 m.

C'est pourquoi, K. schizophylla, est la plus curieuse espèce de Kalanchoe. Elle doit être cultivée à l'ombre et a besoin de plus d'humidité que les autres espèces.

 



Kalanchoe schizophylla (Baker) H. Baillon. Ph. W. RAUH.


Kalanchoe beauverdii var. juelii R. Hamet et Perr. de Labath.. Ph. W. RAUH.


Kalanchoe beauverdii R. Hamet. Ph. W. RAUH.



Kalanchoe beauverdii R. Hamet Ph.W. RAUH



Une autre espèce grimpante, mais pas représentée dans les cultures, est :   2 - Kalanchoe poincarei R.Hameth & H. Perrier de la Bathie.   Il a été découvert par H. Perrier de la Bathie (Nr. 11.816) sur alluvions boisés du bord de la Menarandra et n'a pas été retrouvé depuis longtemps. C'est pourquoi il n'existe ni photo ni croquis.   K. poincarei plante monocarpique, bi ou triannuelle, a de longues tiges de 3 m et plus, d'un diamètre de 3 à 5 mm, rampantes et radicantes dans sa partie inférieure, prenant appui sur la végétation environnante à la partie supérieure des branches. Les feuilles sont opposées et décussées, glabres et pétiolées jusqu'à 23 mm, et maculées de taches sombres. Les limbes sont lancéolés-ovales à bords entiers dans la partie inférieure; la partie supérieure est munie de grosses dents. L'inflorescence terminale est une grande pannicule lâche avec des cymes bipares lâches et pauciflores. Fleurs pendantes avec des pedicelles glabres, grêles et longs de 6 - 12 mm. Calice glabre, campanulé, 5 - 7 mm de longueur ; les segments, aigus au sommet, ont 7 - 8,5 mm de long et 6 - 7 mm de large. La corolle est glabre, tubuleuse, étroitement campanulée, étranglée au dessous du milieu et retrécie à la base, rose ou pourpre, 17 - 20 mm de long. Lobes obovés, très obtus et légèrement cuspidés au sommet. Étamines exsertes à l'anthèse, carpelles 6 - 7 mm de long, atténués en styles de 19 - 21 mm. Écailles subtrapéziformes, très obtuses, légèrement cuspidées au sommet. Étamines exsertes à l'anthèse, carpelles 6 - 7 mm de long, atténuées en styles de 10 - 21 mm. Ecailles subtrapéziformes, très obtuses, à peine émarginées au sommet (1).   L'espèce la plus connue du groupe des Kalanchoe grimpants est sans doute :   3- Kalanchoe beauverdii R. Hamet (syn. Bryophyllum beauverdii Berger, Kalanchoe constantinii R. Hamet, Bryophyllum constantinii Berger, Kalanchoe guignardii R. Hamet & Perrier de la Bathie, Kalanchoe juelii R. Hamet & Perrier de la Bathie , Bryophyllum juelii Berger, Bryophyllum scandens Berger, Kalanchoe scandens Perrier de la Bathie).   C'est une espèce très polymorphe et les stades jeunes (Photo 3) sont différents des stades âgés concernant la forme des feuilles en général. K. beauverdii est une plante perenne, glabre et grimpante avec les feuilles recourbées, dans la végétation environnante (Photo 3). Les tiges peuvent atteindre une longueur de quelques mètres et sont très lignifiées à la base. Feuilles opposées et décussées (Photo 3), sessiles, réfléchies dans la partie supérieure, cylindriques et canaliculées au dessus, d'une couleur gris-vert et maculées brun-noir avec quelques dents vers le sommet. Dans les stades adultes, les limbes s'élargissent plus librement (Photo 4 et 5). Mais toutes les formes de feuilles portent à leur sommet 2 - 6 crénelures et une bulbille, rarement plusieurs, se développant dans les crénelures terminales et qui sont facilement caduques. Inflorescences terminales ou rarement latérales à rameaux latéraux. Fleurs pendantes, présentant aussi un grand polymorphisme. Calice à tube 10 - 11 mm de diamètre et de longueur variable. Corolle aussi variable en grandeur, d'un vert-bronzé, finement rayée de violet-brunâtre. Étamines insérées au milieu de la corolle. Anthères exsertes. Écailles trapézoïdales, émarginées au sommet.   K. beauverdii est une espèce très variable et Boiteau et Mannoni distinguent les variétés suivantes :   var. beauverdii (syn. var. typica) Fleurs grandes. Calice 16 - 18 mm de long, les lobes plus longs que le tube. Corolle ample, à tube de 14 - 15 mm de long, à segments presque ronds, 16 -1 7 x 17 - 19 mm. Distribution : Andrahomana, sud-ouest d'Ambovombé sur des dunes anciennes, près d'Ambovombé sur des calcaires littoraux.   var. parviflora Boiteau & Mannoni Diffère de la précédente variété par des fleurs plus petites seulement. L'aire de cette variété est plus grande. Elle s'étend dans le bush xérophile du sud et de l'ouest jusqu'à l'Ambongo et vers le centre jusqu'à la vallée de Ihosy. Elle pousse dans les bois xérophiles, sur des calcaires (Abovombé), sur des sols sableux et des rochers humides (Fort Dauphin).   var. guignardii Boiteau & Mannoni (syn. K. guignardii R. Hamet et H. Perrier de la Bathie). Elle ressemble à la variété précédente, mais les carpelles sont divergents, réfléchis au moment de la maturité des graines.   var. juelii (R. Hamet & Perrier de la Bathie) Rauh & Hebding (syn. K. juelii R. Hamet & Perrier de la Bathie, Bryophyllum juelii Berger). Cette variété est regardée comme espèce par R. Hamet et Perrier de la Bathie, parce qu'elle possède les mêmes fleurs que la var. beauverdii : campanulées à tube court, large de 10 - 12 mm de diamètre,à lobes égalant environ le tube, d'un vert bronzé, finement linéolés ; les lobes obovés-suborbiculaires, aigus au sommet, sont un peu plus hauts que larges (Photo 2). Aussi la taille est la même; mais la forme des feuilles de K. juelii est complètement différente.   Chez K. beauverdii et les autres variétés, les feuilles sont toujours sessiles à limbe oblong ou lancéolé, charnues, caniculées à la face supérieure, subcylindriques et au sommet avec 2 - 6 crénelures et une, rarement plusieurs bulbilles, qui se développent dans les crénelures terminales. Les feuilles des tiges jeunes sont d'une couleur vert-glauque et maculées de points rouges. Chez K. juelii les feuilles sont d'une couleur vert-brillant et toujours longuement pétiolées . Le pétiole a 3 - 5 cm de long, applati et canaliculé sur la face supérieure (Photo 2). Les limbes sont toujours trilobés-hastés, aigus au sommet, lequel est recourbé et crénelé. Des crénelures se trouvent aussi sur le côté inférieur des lobes latéraux et au sommet. Des bulbilles, se développent ordinairement au niveau du sinus des crénelures foliaires. Parce que la forme des feuilles est relativement constante et différente de celle de K. beauverdii nous croyons légitime de situer K. juelii au niveau d'une variété.   Kalanchoe beauverdii R. Hamet Ph. W. RAUH.



Kalanchoe rechingeri R. Hamet ex Rauh et Hebding. Ph. W. RAUH.
 
Le dernier Kalanchoe grimpant est :
 
4- Kalanchoe rechingeri Raymond-Hamet ex Rauh & Hebding
Connu depuis longtemps, mais non décrit.
 
En 1956 Raymond-Hamet a figuré dans sa publication «Crassulacearum Icones Selectae, Fasciculus secundus» (2) sur des planches 25 / 26 le croquis d'un nouveau Kalanchoe, qui a été nommé K. rechingeri Raymond-Hamet (Photo 6), mais la description n'a pas été faite jusqu'à aujourd'hui. Parce que la plante est cultivée dans le Jardin Botanique «Les Cèdres» à St. Jean Cap Ferrat et dans le Jardin Botanique de l'Université de Heidelberg où elle fleurit chaque année, les auteurs proposent de la décrire à présent. C'était R. Montagnac qui l'avait collectée en 1956, dans la région de Tolanaro (Fort Dauphin). Sans fleur, il est impossible de le distinguer de K. beauverdii Raymond-Hamet, qui est aussi originaire du sud-ouest de Madagascar. Il y a seulement des différences dans la structure des fleurs entre les deux espèces.
 



A gauche, fleur de K. rechingeri ; au milieu fleur de K. rosei et à droite, de K. tubiflora. Ph. W. RAUH.
 
Kalanchoe rechingeri est une plante vivace et glabre avec des tiges rondes, grêles et des rameaux atteignant une longueur de quelques mètres et grimpant à l'aide de ses feuilles recourbées (Photo 6). Entre-nœuds allongés, 5 - 10 cm de longueur. Feuilles opposées, sessiles. Limbes gris-vert, pointus,linéaires, jusqu'à 7 cm de longueur, 5 - 7 mm d'épaisseur applatis à la face supérieure et caniculés, avec 2 - 4 crénelures dans la partie apicale, où les bulbilles peuvent apparaître. Inflorescences terminales en thyrses lâches à denses. Au dessous de la fleur terminale de l'inflorescence il y a encore une ou plusieurs paires de dichasiums latéraux, devenant scorpioides.
 
Les fleurs, 3,5 - 3,8 cm de long, sont graciles, cireuses et courbées vers le bas (Photo 7). Coloré en vert-gris le calice est constitué d'un tube, de longueur allant-jusqu'à 2,5 cm, 7 mm de diamètre et 4 segments érigés, plus courts que le tube,subdeltoides, aigus et acuminés au sommet, hauts de 5 mm et larges de 3 mm à la base. Corolle colorée en vermillon pâle, vert-jaune à la base. Le tube, un peu plus long que le calice, étranglé au-dessous de la partie médiane. Les quatre segments ont 1 cm de long, 7 mm de large, très obtus, mais cuspidés à leur sommet. Étamines et styles inclus. Les filets sont d'une longueur inégale et jusqu'à la moitié soudés avec le tube. Carpelles petits, verts, glabres. Styles de longueur seulement égale à la moitié des filets. Les écailles à la base des pétales sont très petites, obtuses au sommet, jaunes.
 
Lectotype : B. G. H. 74 213 dans l'herbier de l'Inst. Syst. Bot. de l'Univ. de Heidelberg (HEID).
 
Origine et distribution : région sèche dans les environs de Tolanaro (Fort Dau-
phin). Diagnose latine : Kalanchoe rechingeri in statu vegetativo, non florente non differt ab K. beauverdii, sed non a/finis est cum ea, valde affinis est structura florium K. tubiflorae K. rosei et K. marnierianae et pertinet cum eis ad turman 9 systemae Kalanchoe de Ray-mond-Hamet.
 
Malgré sa taille grimpante et la forme des feuilles K rechingeri n'est pas proche parent de K. beauverdii Raymond-Hamet. Les fleurs des deux espèces sont bien différentes : chez K. beauverdii le tube est large, 10 - 11 mm de diamètre, mais court et de longueur variable. La corolle est également de dimensions variables, mais toujours à lobes égalant environ le tube, d'un vert-bronze, finement linéolés de violet-brunâtre.
Kalanchoe rechingeri, au contraire est parent de l'espèce bien connue K. tubiflora (HARV.) Raymond-Hamet, K. rosei Raymond-Hamet et H. Perrier de la Bathie et K. marnieriana Jacobsen. La structure des fleurs de ces espèces est la même et la photo. 8 démontre les affinités entre elles. On peut placer K. rechingeri aussi dans le groupe 9 du système des Kalanchoe de Raymond-Hamet.
 
 
(1) Diagnosis d'après P. Boiteau et O. Mannoni : «Les Kalanchoe». Cactus 19 (1949) : 11.
(2) Quatre planches sont publiées : des taxons nouveaux des genres Sedum et Kalanchoe sont figurés, mais quelques espèces n'ont jamais été décrites.




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